
Le 6 mars 1836, dans l’après-midi, Alamo est enveloppé dans le silence et la fumée noire. A l’aube, les combats ont fait rage et la petite église où se sont réfugiés les derniers défenseurs du fortin n’est plus qu’un tombeau. Elle deviendra plus tard un sanctuaire. Le siège d’Alamo est terminé. Le vainqueur du jour, Santa Anna, déclarera sur un monceau de cadavres : « Finalement, ça n’aura été qu’une mince affaire... »
Il a tort. Un mois et demi plus tard, il sera écrasé à San Jacinto et le Texas deviendra indépendant du Mexique. Et les Texans balaieront ses troupes aux cris de « Remember The Alamo ! ».
Dans L’Homme qui tua Liberty Valence, John Ford fait dire à l’un des personnages : « Quand la légende est plus belle que l’histoire, imprimez la légende. » Dans le cas d’Alamo, l’histoire et la légende sont belles. La légende est à peu près connue. Remember the Alamo raconte l’histoire. Celles d’êtres de chair et de sang qui ont écrit l’histoire et qui sont entrés dans la légende. Il importait de leur rendre hommage. Quitte à corriger un peu les images de vitrail que la légende en a fait.
Du même auteur aux Editions de Paris :
Le porc clandestin
L’Amérique que j’aime
Rimbaud est aux Afriques
Roger Nimier
Les chrétiens martyrs de l’islam : l’héroïcité de Jean Le Vacher
NRH, Nouvelle Revue d’Histoire, n°29, mars-avril 2007
Entre autres tâches problématiques, notre confrère Sanders s’est assigné de nous intéresser à l’histoire des États-Unis d’Amérique, voire de nous la faire aimer. Pas n’importe quelle histoire, d’ailleurs : celle du Sud, du Vieux Sud, de la guerre de Sécession et de ses survivances jusqu’à nous. Ainsi, on a connu son Dictionnaire amoureux des États-Unis. Cette fois, l’auteur s’est concentré sur le Texas : le Texas hispano-mexicain, qui se laissa imprudemment cultiver par des Anglo-saxons. En 1830, la crise éclata. Six ans plus tard, ce fut le siège héroïque d’Alamo, popularisé par John Wayne au cinéma. Sanders, sans s’écarter jamais des faits historiques, sait les faire revivre et les expliquer avec ce qu’il faut de grandiose ou de pathétique, parmi les trappeurs, fermiers ou avocats qui tentèrent en vain de résister aux soldats du caudillo latino-mexicain Santana. (Puisque Sanders n’écrit pas encore ses livres en anglais, il aurait pu appeler tout simplement cet ouvrage : Souvenez-vous d’Alamo...)
Péroncel-Hugoz
Aventures de l’histoire, n°66
Le journaliste Alain Sanders ne perd pas une occasion de nous rappeler quelques pages méconnues de l’histoire américaine ou des épisodes que le politiquement correct souhaiterait voir oubliées. Polémiste né, grand conteur d’histoire, l’auteur brosse à grands traits la révolte des immigrants anglophones et de quelques Texans authentiques contre le gouvernement dictatorial du général Santa Anna. L’épisode du siège de la mission d’El Alamo en est le plus connu. La prise de ce village, hâtivement fortifié, sera l’occasion pour le général mexicain d’ordonner un bain de sang. Les conséquences de cette « petite affaire » seront grandes car les Mexicains, battus un mois et demi plus tard à San Jacinto, seront forcés de reconnaître l’indépendance du Texas. Ce vigoureux péan à la gloire de ces anglophones ne manque pas de qualités et il séduira un vaste public. Toutefois, l’auteur aurait pu davantage insister sur l’identité des Texans en révolte contre leurs compatriotes du sud. Ainsi, les habitants du Texas étaient des colons plus récemment arrivés d’Espagne et non des Mexicains au sens strict.
Présent, 27 janvier 2007
Les gens de ma génération, ne serait-ce que par leur goût pour le western, connaissent peu ou prou l’histoire d’Alamo. On l’avait découverte certes à travers les films : Le Déserteur de Fort Alamo, Davy Crockett et le monumental Alamo de John Wayne. Mais aussi par le truchement de tout un tas de petits journaux illustrés dont les récits évoquaient souvent l’Ouest américain. Le Far West de notre enfance où, d’une embûche l’autre, s’émancipait notre imagination enfantine ! Petit rappel des faits. En 1820, un certain Moses Austin « s’était vu accorder par le gouvernement mexicain le droit de s’établir au Texas avec 300 familles américano-européennes ». Trois cents familles qui, les années suivantes, furent très vite rejointes par nombre d’autres : environ 1 500. Des conditions très favorables étaient alors faites à ces défricheurs venus des Etats-Unis ou d’Europe. L’Etat mexicain, pour mettre ses vastes espaces désertiques en valeur, avait besoin de leur savoir-faire. « Le gouvernement de Mexico leur donne 4 428 acres par famille et les exempte du paiement de l’impôt pour dix ans. » Mais les choses se gâtent avec l’arrivée au pouvoir de Santa Anna, dictateur botté aussi borné que cupide. En fait un président-dictateur comme l’Amérique latine, de putschs en pronunciamientos, en a connu un certain nombre durant un siècle et demi. En France, pays où l’on tourne souvent la politique en dérision, on faisait jadis des chansons sur l’instabilité chronique de ces républiques bananières et leurs récurrentes révolutions express : Un Mexicain basané / est allongé sur le sol / Le sombrero sur le nez / en guise de parasol... Et plus loin le refrain reprenait : Voici venir Cristobal / Mon Dieu qu’il est fier / C’est vrai qu’il n’est général / Que depuis hier... Le 6 avril 1830, donc, le gouvernement mexicain interdit l’implantation de nouveaux colons venus des Etats-Unis. Il prétend également, à coups de taxes, presser comme des pamplemousses juteux les colons déjà installés. Mais ceux-ci ne se laissent pas faire. Il s’ensuit une série d’escarmouches entre les Texians (ainsi se nomment eux-mêmes les rebelles) et les troupes mexicaines. Dès 1833, les colons « concrétisent les velléités d’indépendance du Texas ». Et à partir de cette date, ils multiplient aussi les coups de force, souvent victorieux, contre les Mexicains. Les Texians, le 2 octobre 1835, « repoussent les Mexicains à la bataille de Gonzales ». Le 9 octobre 1835, une cinquantaine de volontaires écrasent une unité mexicaine à Concepcion, près de San Antonio. Le 8 novembre 1835, Jim Bowie et Ed Burleston remportent la bataille de Grass Fight, toujours près de San Antonio. Le 9 décembre 1935, trois cents Texians déterminés chassent le général Perfecto de Cos et occupent fort Alamo. C’en est trop pour Santa Anna. L’aspirant dictateur décide de « marcher sur San Antonio à la tête de plusieurs milliers d’hommes, ne pouvant admettre que son armée de professionnels se fasse étriller par des amateurs ». Commence alors le siège d’Alamo, où résisteront héroïquement durant trois mois 153 insurgés. Il durera jusqu’à l’écrasement final des rebelles, le 6 mars 1836. Un mois et demi plus tard, Santa Anna sera à son tour défait par l’armée de Sam Houston à San Jacinto, aux cris de Remember the Alamo. « Et le Texas deviendra indépendant du Mexique. » Les combattants d’Alamo n’avaient pas fait en vain le sacrifice de leur vie...
La « légende » de fort Alamo, parce qu’elle constitue l’un des mythes fondateurs de la nation américaine, exaltant en l’occurrence le culte des pionniers conquérants, porte-flambeaux de la liberté et de la civilisation, est bien connue. Mais derrière la « légende dorée » forgée par la fiction littéraire et cinématographique, il y a bien sûr l’histoire nue, sans fioritures ni ornements, avec ses ombres et ses lumières, ses élans de générosité et ses moments de cruauté, sa gloire et ses petitesses. Et des héros grandeur nature, c’est-à-dire au-delà de leurs mérites, des êtres de chair et de sang, pétris de toutes les faiblesses et de toutes les contradictions humaines. C’est cette histoire réelle, loin de toute démarche hagiographique, et qui pourtant est, « à bien des égards aussi belle que la légende », que nous raconte Alain Sanders. Une histoire dont il va, en journaliste investigateur plus qu’en historien, chercher et recueillir les éléments bruts enfouis sous les enluminures de « la légende ».
Journaliste de la frontière
Comme le cow-boy, le shérif, l’Indien emplumé, le trappeur, le justicier, le coureur de prairie, le politicien, le propriétaire terrien, le chercheur d’or, le hors-la-loi, le chasseur de primes, le coureur de prairie, le croque-mort, le camelot ambulant, l’as du rodéo, le joueur professionnel ou l’entraîneuse de saloon (parfois aussi chanteuse de country), le journaliste est l’une des figures de l’Ouest américain. « Généralement un vétéran, rompu aux élections locales, à l’affût des potins, mais ne les publiant qu’avec discernement (...). Rôle important car il peut mettre la ville dans le secret des dieux, provoquer des mouvements divers (...). C’est notre tambour de village, et aussi le commissaire qui met une terre en vente, une tête à prix. Il fait tout lui-même, de l’éditorial à la rubrique des chevaux crevés. Il compose à la main ses articles, les corrige, refait son édition selon les dernières nouvelles... C’est un petit Balzac. (...) C’est son imprimerie qu’on saccage en premier lieu en cas de représailles. »
Je vois très bien Alain Sanders dans ce rôle de « petit Balzac » de la prairie, artisan gazetier remplissant seul toutes les rubriques journalistiques. Homme-orchestre de la chose imprimée, servant en toute indépendance, mais avec tout de même un rien de partialité — l’objectivité c’est bien, mais point trop n’en faut — le mythe de l’Ouest. Tantôt recueillant le récit d’aventuriers et de pionniers dont il est l’ami ou transformant un sanglant règlement de comptes entre éleveurs de bétail en une immortelle chanson de geste. Les journalistes du Far West étaient encore proches des troubadours du Moyen Age. Tantôt lançant, surtout en période électorale, des brûlots explosifs contre un potentat local entouré de ses pistoleros. Tantôt interviewant Belle Starr, Wyatt Earp, Calamity Jane, Doc Holiday ou Géronimo dans son tipi, entre deux bouffées de calumet...
Journaliste de la frontière et fondateur d’une gazette qui s’appellerait, pourquoi pas, L’Etoile du Texas — et qui aurait à peu près le format et la pagination de Présent — le reporter Sanders, le Stetson sur le crâne, boots Tony Lama aux pieds, Zippo en poche et cigare aux lèvres, part donc cette fois recueillir le témoignage des rescapés de fort Alamo. Soit une demi-douzaine de femmes, épouses, sœurs ou filles d’insurgés, épargnées par les soudards de l’armée mexicaine. Plus l’esclave noir du colonel William Barret Travis. Et aussi les combattants qui se trouvaient absents au moment du carnage parce que partis quelques jours ou quelques heures auparavant comme estafettes, porter des messages ou chercher des renforts. Parmi eux, Louis « Moses » Rose, un ancien soldat de l’armée napoléonienne, rescapé de Waterloo. Et de la garnison d’Alamo...
Du côté mexicain
Le journaliste Sanders s’intéresse aussi à la version des Mexicains. A commencer bien sûr par l’illustre Santa Anna. De son vrai nom Antonio Lopez de Santa Anna Perez de Lebron. « Né à Jalapa (Vera Cruz) en 1794, ce dernier s’engage dans l’armée à l’âge de 16 ans. Il sert comme cadet dans le régiment d’infanterie Fio de Cruz sous les ordres de Joaquin de Arredondo. Si Santa Anna a laissé le souvenir d’un homme cruel et sans pitié, il avait de qui tenir : Joaquin de Arredondo justement. On lui doit quelques sanglantes répressions : celle de la révolte du prêtre Miguel Hidalgo y Costilla en 1812 ; celle du soulèvement de rebelles tejanos — déjà — en 1813 ; celles des insurgent de José Alvarez de Toledo et de Dubois à la bataille de Medina la même année. Pour sa conduite courageuse lors de cette bataille, Santa Anna reçut une citation. Protégé et pistonné par Arredondo, il s’inspirera beaucoup de son mentor. »
Des méthodes barbares qui, à Alamo, donneront ceci : « Dans l’église, les familles des défenseurs (...) s’attendent au pire. Le petit Enrique Esparza, 8 ans, racontera comment il a vu mourir son père, Gregorio, à son poste derrière la chapelle. A ce poste, se tenait aussi le lieutenant Almeron Dickinson dont la femme et la fille étaient réfugiées dans la sacristie. Débarrassés des hommes d’Alamo, les Mexicains s’occupent maintenant de l’église où il n’y a que des femmes et de jeunes enfants. Quand ils y pénètrent, en masse, les deux fils d’Antony Wolfe, sans armes, se dressent devant eux. Ils sont aussitôt abattus. Un Texian, qui a échappé à la tuerie à l’extérieur, arrive en courant dans l’église, tout près de l’endroit où se tiennent Susannah Dickinson et la petite Angelina. Il est tué sous leurs yeux, les soldats s’amusant même à le larder de coups de baïonnette et à tourner et retourner son corps. Comme “une botte de foin”, dira Susannah Dickinson. Alors qu’il n’y a manifestement plus un seul défenseur en vie ou capable de combattre, les Mexicains tirent dans tous les sens, achevant les blessés, s’acharnant sur les cadavres, ivres de sang et de vengeance. Même un chat — “Ce n’était pas un chat, c’était un Américain”, expliqueront les Mexicains — sera la victime de cette sanglante débauche. Ici et là, cependant, quelques blessés gisent dans leur sang et le général Castrillon s’interposera entre eux et ses hommes pour les protéger. Mais quand il les emmène devant le général Santa Anna, celui-ci laisse exploser sa colère : “Avez-vous oublié les ordres, général ? J’ai dit pas de quartier ! Qu’on les exécute !”. »
Santa Anna : assassin et franc-maçon
Vingt-cinq jours plus tard, les Texians prendront leur revanche à la fameuse bataille de San Jacinto qui, compte tenu de la soif de vengeance des Texians, ressemblera beaucoup plus à un massacre qu’à un affrontement classique. Balayés par la furia texane, les Mexicains essaieront de sauver leur vie en criant : Je n’étais pas à Alamo ! En vain. L’heure n’est plus à ce genre de nuances et le général Castrillon, blessé et désarmé après s’être battu courageusement, sera achevé de sang-froid. D’un massacre l’autre !
En revanche, Santa Anna l’exterminateur aura la vie sauve : « Endormi dans sa tente au moment de l’attaque, toujours égal à lui-même, il partira en courant pour se cacher dans les bois avoisinants. Démasqué en fin de soirée — il avait revêtu l’uniforme d’un simple soldat —, il fut conduit devant Sam Houston. Pourquoi ce dernier sauva-t-il la peau du peu reluisant boucher de fort Alamo, que réclamaient pourtant ses soldats ? Les deux hommes appartenaient à la franc-maçonnerie. La bataille de San Jacinto avait duré moins de vingt minutes. Bilan : 650 Mexicains trépassés contre 9 Texians tués et 30 blessés. »
Le témoignage de Ramon Martinez Caro, secrétaire de Santa Anna, est accablant pour le « Napoléon de l’Ouest », comme ce dernier se faisait appeler. « Les forces d’assaut mexicaines étaient de 1 400 hommes. Leurs pertes s’élevèrent à 300 morts et 100 blessés. Rien n’avait été prévu pour soigner ces derniers. » Et le secrétaire confirme également l’exécution des cinq blessés de fort Alamo ordonnée sans vergogne par Santa Anna.
Alain Sanders s’intéresse même au témoignage du général Martin Perfecto de Cos, godelureau gominé qui gagna ses galons en devenant le beau-frère de Santa Anna et qui, lors de la bataille d’Alamo, s’illustra surtout par son incapacité. « Ses hommes, sous-entraînés et surtout mal commandés, firent plus de victimes dans leurs propres rangs que dans ceux des Texians. »
Le trio héroïque
L’auteur nous brosse évidemment à l’eau-forte les portraits des trois grandes figures emblématiques de la tragédie d’Alamo : James Bowie, William Barret Travis et David Crockett. Ce dernier avait été élu député du Congrès des Etats-Unis à deux reprises. « Quand il arrive à Alamo, il est déjà une légende. On lui a consacré des biographies, un Almanach Crockett (publié en 1835) et même une pièce de théâtre. »
Né dans le Tennesse le 17 août 1786, David Crockett avait une ascendance française. « Son ancêtre, Antoine de Crocketagne, négociant en vin et en sel, originaire du sud de la France, a émigré en Amérique au XVIIe siècle. Le troisième fils de cet Antoine de Crocketagne épousera Sarah Stewart. De leur union naquit William, qui engendra David, le grand-père de notre “Davy”. Un grand-père massacré par les indiens en août 1778. »
La carrière politique de son petit-fils démarre en 1817, quand il est élu juge de paix. Avant, il s’était surtout illustré en tant que chasseur d’ours et en faisant la guerre contre les Indiens Creeks (pour venger pépère), sous les ordres du général Andrew Jackson. Sa renommée, et son talent de tribun — c’était aussi un conteur homérique —, lui permirent donc d’être élu deux fois au Congrès. Il y avait du Jean-Marie Le Pen dans ce Davy Crockett-là... Après avoir été battu en 1835 « par un adversaire à la jambe de bois », ce qui nous change de l’habituelle langue de bois des politiciens, « il viendra au Texas pour essayer de reconquérir, dans ce pays en train de se faire, une nouvelle dimension politique ». Il y trouvera la mort, mais aussi, en y rencontrant l’Histoire avec un grand H, une gloire éternelle...
Jim Bowie, lui, était né en 1796 dans le Kentucky. Après avoir exploité brièvement une scierie avec ses frères, il se fit « trappeur et montreur d’alligators apprivoisés ». Puis il s’enrichit dans la flibuste et le trafic d’esclaves. Sans renoncer pour autant à sa vie aventureuse. Au cours de ses pérégrinations, « il rencontra un forgeron du nom de James Black, qui possédait une sorte de génie naturel pour le traitement des métaux ». De leur collaboration, naquit le célèbre Bowie-knife : « Une lame large de cinq centimètres, longue de trente-cinq, incurvée à sept centimètres de la pointe en un redoutable tranchant, avec une garde de dix centimètres, bref une épée de poche. » Dont Jim Bowie, bagarreur né, utilisa souvent les services dans des rixes, parfois mortelles. Et puis, le turbulent baroudeur rencontra l’amour en la personne d’une jeune et belle Mexicaine, qu’il épousa. Il venait justement « d’acheter un million d’acres à San-Antonio de Bexar, dans un Texas alors mexicain ». Par son mariage, il devint également le gendre du vice-gouverneur et prit même un temps, par amour pour son épouse, et peut-être en hommage à son beau-père, la nationalité mexicaine. Las ! En 1833, sa femme et ses deux filles périrent lors d’une épidémie. Fou de douleur, le grand aventurier, « égaré de chagrin et de souffrance », chercha alors la mort en revenant à ses vieux démons : l’alcool et la violence. Il la trouva finalement trois ans plus tard, dans l’apothéose sanglante du siège d’Alamo, le Camerone du Texas.
William Barret Travis, né en 1809 en Caroline du Sud, était le plus jeune de l’héroïque trio. Le plus intellectuel aussi. C’est en tant qu’avocat, après avoir un peu tâté du journalisme, qu’il s’installe à Anahuac, où très vite il s’impliqua « totalement » dans le combat des colons luttant pour leur indépendance. « Travis a, grâce à ses proclamations, ses lettres, ses messages, ses notes, grandement contribué à la connaissance — et à la reconnaissance historique — du siège d’Alamo. »
En une cinquantaine de séquences brèves et nerveuses, emportées par une prose lancée au grand galop, Alain Sanders nous fait ainsi revivre, par le truchement de ceux qui en furent les acteurs ou les témoins, l’épopée d’Alamo. On se souvient du beau film de John Ford L’Homme qui tua Liberty Valence : « Dans l’Ouest, quand la légende l’emporte sur la réalité, on imprime la légende. » Pour une fois, dans The Alamo revisité par Alain Sanders, c’est la réalité qui l’emporte sur la légende... Elle n’est pas moins captivante.
Jean Cochet
Bulletin de l’Association pour la Mémoire de l’Empire Français, n° 27, janvier 2007
Pourquoi rendre compte, dans notre Bulletin de l’AMEF, d’un ouvrage portant un titre aussi « étranger » à nos préoccupations, formulé en anglais, de surcroît ? (Le titre, bien sûr, mais pas le corps du texte, écrit en bel et bon français !) Tout d’abord, parce qu’il est signé « Alain Sanders », et que rien de ce qui est réalisé par notre Ami et Frère de combat Alain ne nous est étranger.
Ensuite, dès qu’on se plonge dans ce gros ouvrage, plein de bruit et de fureur, où sonnent les clairons d’assaut, et où passent aussi en surimpression les chevauchées épiques des grands films historiques de notre enfance — et pas seulement les westerns — vous souvenez-vous de ce chant « les voyez-vous,... les Hussards, la Garde !!! » — C’était pourtant durant les années terribles de la Défaite militaire — moi, ça m’électrisait... Un feu sacré m’embrasait... « Flotte petit drapeau, flotte, flotte bien haut, image de la France, de Gloire et d’Espérance... »
Pourquoi cette réminiscence ? Parce que, comme on dit — mal — aujourd’hui, elle est « en phase » avec la même situation : camp retranché d’Alamo, la défaite d’un moment, sanglante et sans nuance — tous les défenseurs furent massacrés — fut le tremplin d’une victoire décisive, au point qu’on peut penser qu’historiquement, elle fut « nécessaire », ayant provoqué une formidable prise de conscience...
Cela s’est passé dans la lointaine Amérique ? Au Texas ? Et alors ? Cette poignée de moins de 200 sacrifiés venait de tous horizons. De grâce, ne soyons pas myopes ! Ils ont arraché le Texas aux Mexicains ? Ouais, mais les Mexicains l’avaient d’abord, avec le reste de leurs territoires, arraché à l’Espagne... En Histoire, il y a toujours quelqu’un qui a commencé. Laissons ces contorsions pseudo-moralistes aux esprits tortueux, à ceux qui, de toutes façons, sont toujours pour l’adversaire...
Alain Sanders nous dit tout sur Alamo, « The Alamo » pour être exact. Quand on a le privilège de se trouver là-bas, au cœur même de la superbe cité de San Antonio, métropole de plus de 1 million d’habitants, active et nonchalante, on est instantanément projeté en 1836 en entrant dans ces vestiges de ce qui est l’archétype du camp retranché de l’époque moderne. Mais quand on a le privilège de découvrir cet endroit mythique en compagnie d’un guide comme l’auteur du Remember the Alamo, alors plus rien d’autre n’existe que cette épopée, modèle de ce que nous aurions pu — et que nous aurions dû — célébrer ici, dans ce Pays, pour Camerone et Sidi-Brahim, et pour bien d’autres Hauts Faits.... Mais, France, qu’as-tu fait de tes Héros ?... On comprendra ici pourquoi il n’y a rien d’excessif, rien d’inconvenant, à nous recueillir là-bas, parce qu’il nous est alors permis de le faire en communion avec des gens qui nous ressemblent !
En attendant, si vous aimez encore les récits épiques, où la recherche méticuleuse du fait historique s’accompagne de passion, d’humour, où tout est passé en revue, y compris les prolongements dans l’univers des spectacles, et même de l’image commerciale, alors, précipitez-vous sur ce livre, à lire au coin du feu des cheminées que nous n’avons plus dans nos appartements standardisés, mais encore dans nos têtes. Le sous-titre le dit clairement : « De la légende à l’Histoire ». C’est là notre refuge inviolable. À l’abri des cuistres et autres ministrions, des présidentiables de bas vol, des faux amuseurs et vrais salisseurs...
Et qu’en anglo-américain, en français ou en latin, en espagnol ou, pourquoi pas, en patagon, « REMEMBER THE ALAMO » soit notre Cri de Ralliement !
L’équipe du bulletin
Rivarol, n° 2791, 22 décembre 2006
Alamo, légende et histoire
Alain Sanders pouvait-il ne pas écrire ce livre ? Il lui ressemble tellement qu’on ne saurait en douter. Et on s’en félicitera, tant Remember the Alamo - De la légende à l’Histoire, au-delà des images enfouies, nous en apprend sur une région mythique et une histoire qu’Hollywwood a plaquées sur notre inconscient collectif. Pour beaucoup, Alamo c’est un nom et quelques silhouettes. Davy Crockett, de lointaine origine française et dont on a vaguement su qu’il y était mort. Jim Bowie. John Wayne. Un fait d’arme éblouissant, à la Camerone. Sanders nous en dit plus. Entomologiste du Sud profond, il a retourné chaque pierre, traqué chaque fantôme dans la petite église-musée, ausculté chaque trace laissée autour des Long Barracks où se forma le dernier carré d’irréductibles. Ayant achevé ce livre, héroïque, qui va bien au-delà de la simple narration du fait de guerre, on pense tout savoir de ce qui y aura conduit et de ce qui en échut.
D’autant que, par le fourmillement de sa documentation, il laisse au lecteur tout loisir de démêler ce qui est la légende et ce qui est le fait. D’où une lecture passionnante à conseiller en antidote à tous ceux que l’Amérique actuelle exaspère.
Étude exhaustive qui va de la colonisation par les Américains d’un territoire que le Mexique prétendait lui appartenir, au sacrifice des 189 combattants. Ouvrant un mois et demi plus tard sur la victoire de Sam Houston sur Santa Anna, à San Jacinto, et la capitulation mexicaine par laquelle les États-Unis s’approprièrent l’un des territoires les plus vastes et les plus riches du Mexique.
Alamo appartient-il pour autant au passé ? C’est le parti pris de l’auteur d’arrêter sa narration à la déclaration d’indépendance du Texas en 1836. Certains lecteurs pourtant se sentiront un peu frustrés : un chapitre rappelant une actualité brûlante n’eût pas été superflu. La migration de masse actuelle rendra les hispaniques majoritaires au Texas entre 2026 et 2035. en 1836, les Tejanos ou Texians hispaniques étaient des descendants de colons venus des îles canaries. Les Chicanos d’aujourd’hui, qui revendiquent la création d’un Atzlan imaginaire au nom d’un racialisme “latino” purement idéologique, n’ont pas plus de liens avec eux qu’avec les Indiens autochtones. L’armée mexicaine d’Alamo était une armée “espagnole” dont la mission coloniale ne se distinguait pas de celle dont s’investirent les volontaires civils venus de toute l’Europe et des États de l’Ouest. Et dont s’acquittèrent les troupes régulières de Houston.
Depuis un siècle et demi, la frontière sur le Rio Grande n’a cessé d’être le théâtre de violences. Aussi, plus que l’hypothétique construction d’un mégakilométrique « mur de la honte » censé empêcher l’afflux des Chicanos vers les États-Unis, doit-on prendre à la lettre le discours de George W. Bush, le 15 septembre 2001, devant la Chambre de commerce d’Albuquerque : « Il est important pour nous de supprimer les barrières et les murs qui séparent le Mexique et les États-Unis ». Cette question, suscitant déjà plus qu’un débat idéologique, sera au cœur de la Présidentielle de 2008.
Alors, Remember Alamo : un cri de ralliement bien vivant qui pourrait ne pas être qu’un rappel historique, gelé le 13 octobre 1845 par la proclamation du Texas comme 28e État de l’Union ?
Jim Reeves
Minute, 13 décembre 2006
Alain Sanders nous avait déjà offert un véritable dictionnaire amoureux des États-Unis, introduction aussi brillante que subjective à cette « Amérique qu’il aime » de manière tellement démonstrative. Il récidive et cette fois, il nous offre une évocation, entre l’histoire et la légende, de la célèbre bataille d’Alamo, ce Camerone des Américains, où 180 indépendantistes Texans défendirent durant treize jours une vieille Mission espagnole contre 6000 soldats de l’armée régulière mexicaine.
Scénarisée, enluminée, chantée, cette défaite vaut plus qu’une victoire. Elle fait désormais partie du folklore américain et des grands thèmes du cinéma hollywoodien. Comme d’habitude avec les Américains, il y a d’un côté les « héros », Davy Crockett le trappeur au grand cœur et à la grande gueule, Travis et Bowie les chefs indépendantistes, et puis de l’autre l’immonde général Santa-Anna, un monstre assoiffé de sang. Manichéen ce scénario ? Peut-être, mais Alain Sanders fait avant tout œuvre de mémoire. Il célèbre Alamo selon John Wayne.
Comme l’écrit un dessinateur de BD, cité par Sanders et qui défend la position opposée : « Il y a autant de versions de l’histoire d’Alamo qu’il y a de points de vue. Vivant au Texas, j’ai développé une grande affection pour la culture mexicaine et les Mexicains. Je peux comprendre que pour un soldat de l’armée mexicaine, l’histoire se raconterait de manière entièrement différente. » Dont acte.
Joël Prieur
Monde et Vie, n°771, 25 novembre 2006
Alain Sanders, passionné des États-Unis, ne pouvait manquer d’en célébrer un de ses grands mythes fondatuers. Il le fait avec talent et passion. L’histoire de Fort Alamo qui, le 6 mas 1836, tombe entre les mains du dictateur mexicain Sans Anna, est aussi belle que sa légende, la revanche fut un mois plus tard à San Jacinto. Et c’est ainsi que le Texas fut américain et que l’Amérique fut aussi texane.
Présent, jeudi 16 novembre 2006
Juan Abamillo venait de San Antonio, James Buchanan, lui, arrivait d’Alabama. Charles Despallier était originaire de Louisiane. Andrew Duvalt, d’Irlande. Isaac Robinson,d’Écosse. Charles Zanco, du Danemark...
Moins de deux cents hommes au total, d’horizons, de professions et de milieux sociaux différents mais animés par un seul et même désir de liberté, allaient ainsi trouver la mort, le 6 mars 1836, dans la vieille mission espagnole d’Alamo. Alamo : une bataille perdue, mais qui allait déboucher sur l’indépendance du Texas, avant d’entrer dans la légende et de constituer aujourd’hui un puissant mythe unificateur de la nation américaine. Une légende à laquelle pourtant l’histoire, la vraie, n’a rien à envier. Comme nous le montre Alain Sanders dans le livre passionnant qu’il consacre à cet autre « Camerone ».
Dans un entretienqu’ilaccordait à Présent le 1er novembre dernier, Alain Sanders nous livrait ainsi les raisons qui l’ont poussé à écrire ce livre. « Alamo, expliquait-il, correspond exactement à ce qu’Ernst Jünger a appelé le “poste sacrifié”. C’est-à-dire une poignée d’hommes qui, à un moment clef de l’histoire, se sacrifient pour préparer en fait une victoire — et souvent une victoire décisive — à venir. L’histoire est pleine de ces exemples : des Thermopyles à la “Maison de la dernière cartouche” à Bazeilles en 1870, en passant par Sidi-Brahim ou Camerone. » Et il ajoutait : « La leçon est qu’un petit groupe d’hommes résolus peut inverser le cours des événements même si, sur le moment, leur sacrifice est mal compris. »
Alamo est incontestablement de ces batailles qui ont changé le cours des événements. De nombreux Texans — ou « Texians », comme on les appelait à l’époque — en lutte pour leur indépendance n’en eurent d’ailleurs pas immédiatement conscience. Pourtant, l’appel de Travis « au peuple du Texas et à tous les Américains dans le monde », le combat désespéré des défenseurs d’Alamo, suivi du massacre des survivants par les troupes mexicaines de Santa Anna eurent un impact considérable et indiscutable sur les indépendantistes texans et leurs voisins américains. Comme l’écrit Alain Sanders dans la préface de son ouvrage, « le siège avait duré un peu moins de quinze jours et les morts ne se comptaient “que” par centaines. Mais ce que [Santa Anna] ne mesurait pas, c’est l’impact de cette défaite (...) qui allait galvaniser tous ceux, Texans et Mexicains, décidés à se libérer de la tyrannie de Santa Anna. Moins de six semaines plus tard, le 21 avril 1836, c’est au cri de “Remember the Alamo !” (“Souviens-toi d’Alamo !”) que Sam Houston écrase l’armée mexicaine à San Jacinto, capture Santa Anna, et obtient l’indépendance du Texas. » Et l’auteur constate très justement : « la “maigre affaire” d’Alamo aura ainsi donné naissance à la République du Texas qui, par la suite, deviendra l’un des États des États-Unis d’Amérique. »
La légende dorée d’Alamo allait dès lors se propager. Légende à laquelle, au fond, l’histoire n’a rien à envier, comme nous le montre Alain Sanders. Après avoir ainsi exposé les événements et les rivalités qui ont conduit à la bataille, il reconstitue dans le moindre détail le siège de la mission par les Mexicains puis l’assaut final du 6 mars 1836, en s’attachant chaque fois à bien différencier ce qui relève de la légende et ce qui relève de l’histoire. Une tâche qui n’est pas toujours très facile, tant les sources divergent parfois ou sont tout simplement inexistantes.
Au fil des pages, on remarque ainsi avec quel sérieux et quel soin Alain Sanders a traqué la vérité, n’hésitant pas, lorsque cela s’avère nécessaire, à égratigner la légende. Ainsi, écrit-il, à titre d’exemple : « Le renom mondial d’Alamo tient aussi aux fortes personnalités de certains des défenseurs du fort : Jim Bowie, William Barret Travis et David Crockett. Des êtres de chair et de sang, certes, mais entrés dans la légende. Au point que l’on oublie souvent qu’ils ne furent pas les images de vitrail que l’on nous raconte aujourd’hui. » Et ce sont effectivement trois hommes très différents de ce que nous imaginions que nous découvrons dans l’ouvrage d’Alain Sanders. Ils n’en sont pas moins intéressants, ni séduisants.
Remember the Alamo ne se borne cependant pas à un récit très documenté et rigoureux de la bataille. Il va bien au-delà, et nous offre un panorama passionnant de tout ce qui touche de près ou de loin Alamo et sa légende : cinéma, littérature, chansons, bande dessinée, objets... Alain Sanders nous montre ainsi à quel point la bataille a pu inspirer la création sous toutes ses formes, et comment un véritable culte s’est mis en place autour du sacrifice de ces quelque deux cents hommes. Un culte qui donnera sûrement à réfléchir aux lecteurs français, à l’heure où notre pays n’en finit plus de se repentir et de rejeter son passé pourtant glorieux.
Bref, c’est un livre remarquable et passionnant à plus d’un titre que nous propose Alain Sanders. Ceux qui le liront, non seulement n’oublieront pas Alamo, mais ils n’oublieront pas non plus cet ouvrage qui restera à coup sûr comme la référence incontournable en français sur le sujet.
Franck Delétraz
Présent, n° 6203, 1er novembre 2006
« Remember the Alamo ! » criaient les Texans, lors de la bataille de San Jacinto, en montant au combat. Massacrés à Alamo, ils venaient de se venger à San Jacinto.
Remember the Alamo, c’est le titre choisi par Alain Sanders pour son ouvrage sur Alamo paru aux Editions de Paris. L’auteur célèbre une épopée qui changea le destin du Texas. L’écriture incisive et fraternelle s’approche de Travis, Bowie et Crockett et chaque page nous rend solidaire des sacrifices accomplis grâce aux témoignages des quelques survivants. Le ton est donné, c’est celui de la découverte partagée : on y distingue le plan d’Alamo, la description actuelle des lieux sur lesquels Sanders a procédé à des repérages pour s’imprégner d’une atmosphère, on y trouve la recension des romans, des livres et des films parus sur le sujet, la liste des héros tombés, une chronologie d’Alamo et une autre des principaux événements qui se sont déroulés au Texas de 1519 jusqu’en 1870.
Il y a dans ce livre tout ce que l’on veut savoir sur Alamo, en particulier l’esprit d’un temps fort éloigné du nôtre. Aux lecteurs d’en capter la résonance. C.R.
— Il y a ceux qui accusent la droite nationale de ne célébrer que des défaites (Alamo, Bazeilles, Camerone...). Pourriez-vous nous expliquer la portée symbolique de ce merveilleux esprit de sacrifice et de quelle façon ces défaites ont pu influencer le cours de l’histoire ?
— Alamo correspond exactement à ce qu’Ernst Jünger a appelé le « poste sacrifié ». C’est-à-dire une poignée d’hommes qui, à un moment clef de l’histoire, se sacrifient pour préparer en fait une victoire — et souvent une victoire décisive — à venir. L’histoire est pleine de ces exemples : des Thermopyles à la « Maison de la dernière cartouche » à Bazeilles en 1870, en passant par Sidi-Brahim ou Camerone. La leçon est qu’un petit groupe d’hommes résolus peut inverser le cours des événements même si, sur le moment, leur sacrifice est mal compris.
— Quelle est l’authenticité des témoignages de Fort Alamo ?
— Elle est de divers ordres. Quelques-uns ont été recueillis à chaud, d’autres beaucoup plus tard et certains il faut bien le dire, sont sujets à caution. Mais je me suis attaché à travailler sur les témoignages des sans-grade de cette épopée : journaux de marche de sous-officiers mexicains, relations de survivants de la bataille et même tradition orale préservée par les enfants des acteurs de ce combat. C’est la raison pour laquelle j’ai sous-titré mon livre : « De la légende à l’Histoire ».
— Qui était le personnage dominant de la trilogie : Travis, Bowie, Crockett ?
— Dans l’imaginaire américain ces trois personnages sont à égalité, mais « internationalement » le plus connu parce qu’il a eu une longue vie avant Alamo (il y est mort à l’âge de cinquante ans) est incontestablement Davy Crockett. Ajoutons que le film de John Wayne (où John Wayne interprète le rôle du célèbre trappeur) a largement contribué à cette surévaluation d’un personnage par ailleurs haut en couleur. D’autant que sa mort à Alamo est toujours l’objet de controverses. On est sûr qu’il y est mort, mais on ne sait avec certitude ni quand ni comment.
— Vous citez tous les films sur Alamo. Quel est votre préféré et pourquoi ?
— Mon préféré est incontestablement le tout dernier, celui de Wayne Hancock qui malheureusement n’a pas été distribué en France. Peut-être parce qu’il est trop intelligent ! A la différence de celui de John Wayne, admirable certes mais très westernien de facture, il s’applique à retracer la genèse politique d’un conflit qui se terminera par l’indépendance du Texas (et plus tard par son rattachement aux États-Unis d’Amérique). A signaler d’ailleurs que la mort de Crockett, exécuté par les lanciers de Santa Anna après les combats, n’a pas ravi les sectateurs du mythe d’un Crockett tué contre les murs de la chapelle.
— Pourquoi avoir choisi de raconter Alamo ?
— D’abord pour les raisons explicitées dans ma réponse à votre première question. Ensuite, parce que, aussi étrange que cela paraisse, il n’y a jamais eu de livre écrit par un Français sur le sujet, même si de nombreux articles dans des revues d’histoire en ont traité Enfin, et je ne vous étonnerai pas, parce que cette histoire que je porte en moi depuis mon plus jeune âge n’a jamais cessé de me faire rêver. Faut-il vous avouer que la première fois que j’ai visité Alamo, j’ai ressenti une émotion difficilement descriptible. J’y retourne régulièrement. L’émotion est toujours intacte.
Propos recueillis par Catherine Robinson
Le Libre journal, n° 390, 28 octobre 2006
S’il n’avait pas été signé par un ami, je n’aurais sans doute pas ouvert ce livre. Je suis d’humeur assez peu américaine, ces années-ci et, depuis l’âge de huit ans, j’ai l’impression de n’avoir plus rien à apprendre sur l’homme qui s’appelait Davy (Crockett), qui était né dans le Tennessee, qui était si courageux que quand il était p’tit, il tua un ours du premier coup d’fusil et qui trouva la mort au son du deguello, le chant des égorgeurs, avec ses potes Bowie et Travis dans le Camerone américain que fut Alamo.
Eh bien j’aurais raté un bon moment. Car loin d’être la compilation de tout ce que l’on dit depuis un siècle et demi sur cet épisode héroïque, le livre de Sanders est une enquête passionnante, bourrée de détails, de révélations et surtout de témoignages tous contradictoires qui montrent combien le métier d’historien est complexe et à quel point les lois imposant une version obligatoire de l’Histoire sont scélérates et stupides.
Autre surprise : une très abondante iconographie révèle les vrais visages des héros dont les aventures ont enflammé notre enfance. Ils ne ressemblaient ni à John Wayne, ni à Richard Widmark ni à Laurence Harvey, mais tout bonnement à monsieur tout-le-monde, à un épicier de village et à un avocat gommeux.
Ce qui n’a pas empêché l’homme qui n’a jamais peur, l’homme au couteau légendaire et le plus fameux colonel de l’histoire du Texas d’incarner pour les Américains le courage et l’esprit de sacrifice et de faire vibrer encore nos vieux cœurs d’Européens fatigués.
Serge de Beketch
L’Action Française 2000 n° 2710, du 5 au 18 octobre 2006
Le sacrifice héroïque d’Alamo
On connaît la passion d’Alain Sanders pour l’Amérique, non pas celle des mégalopoles cosmopolites, tentaculaires et inhumaines de la côte est des Etats-Unis mais bien plutôt celle du vieux Sud qui vibre aux souvenirs de l’ancienne confédération et celle de l’Ouest qui a la nostalgie du temps où la nature était encore vierge et la terre était à tous.
Son dernier ouvrage est un émouvant hommage aux combattants d’Alamo sur lesquels après tant de livres et de films (dont celui, immortel, de John Wayne) il semblait impossible d’écrire quelque chose de neuf.
Alain Sanders, attentif à démêler l’histoire et la légende et à recouper les témoignages, nous explique comment cette modeste mission mexicaine allait devenir le symbole de la résistance et de la volonté d’indépendance des habitants du Texas, lassés des exactions et des brutalités du président-dictateur Santa Anna.
De ces combattants déterminés, mélange de pionniers américains et de gens venus de la “vieille Europe” se détachent les figures qui constituent ce qu’Alain Sanders nomme “la trinité d’Alamo” : les colonels William Travis, Jim Bowie et David Crockett, ce dernier passé à la postérité sous les traits de John Wayne mais dont le rôle fut manifestement exagéré.
Alain Sanders montre que le siège de Fort Alamo ne fut en rien un “ conflit ethnique ” car des Mexicains combattirent sous la bannière de la liberté du Texas.
Malgré un courage indéniable, les assiégés d’Alamo succombèrent sous le nombre le 6 mars 1836 et furent, pour la plupart, massacrés.
Leur sacrifice n’avait cependant point été inutile car il allait féconder peu de temps après l’indépendance du Texas avant son rattachement aux Etats-Unis.
Aujourd’hui Alamo est devenu un lieu de pèlerinage et le souvenir des combattants est pieusement conservé par une organisation patriotique, les Daughters of the Republic of Texas.
Fort Alamo reste dans l’imaginaire l’exemple du “poste sacrifié” dont a parlé l’écrivain Ernst Jünger, à l’égal des Thermopyles, de Camerone et de Bazeilles.
L’auteur ne peut s’empêcher de revenir sur les mythes suscités par Alamo. Il narre en particulier l’épisode maintes fois rapporté selon lequel les soldats mexicains chargés d’incendier l’église d’Alamo furent contraints de se retirer après avoir été assaillis par les fantômes des combattants morts.
Alain Sanders s’est livré à une enquête historique scrupuleuse, mais est resté fidèle à l’esprit d’Alamo, qui veut que, comme dans le film L’homme qui tua Liberty Valance, l’on rapporte aussi la légende.
Pierre Navarre

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