
Vingt-cinq ans après la publication, en 1967, de La montagne morte de la vie, l’un des chefs-d’œuvre de la littérature fantastique contemporaine, Michel Bernanos, poète et romancier, dévoré comme son père par la passion de l’écriture, demeure encore méconnu. Salsa Bertin est la première à lui consacrer un livre qui fait découvrir un homme et un authentique écrivain.
À travers un parcours biographique reconstitué avec minutie et précision, à partir de souvenirs et de témoignages d’intimes du disparu, Salsa Bertin brosse le portrait d’un homme profondément attachant. Qui était Michel Bernanos ? Un être d’une grande sensibilité, doué du sens de l’humour et sujet à l’angoisse. Un écrivain d’une profonde honnêteté intellectuelle puisqu’il se refusa toujours à utiliser le nom de son père et publia, de son vivant, ses premiers romans sous les pseudonymes de Michel Talbert et Michel Drowin. Un esprit indépendant assoiffé de sincérité et d’amitié. Un être tout de passion, de chaleur humaine et de fierté, aussi prompt à admirer quelqu’un qu’à s’emporter contre lui s’il le blessait ou le décevait. Un tempérament chevaleresque, fougueux, habité du sens de l’honneur comme Georges Bernanos.
L’auteur
Salsa Bertin est écrivain et journaliste.
Ce que la presse en dit
L’Homme Nouveau (n° 1310, 19 octobre 2003)
H.N. Nous connaissions Georges Bernanos, mais qui est Michel Bernanos ?
Salsa Bertin : Michel est le quatrième des six enfants de Georges Bernanos. Né en 1923, il est le seul à s’être inscrit dans le sillage de l’illustre figure paternelle. Il est devenu écrivain et créateur d’un univers romanesque original.
Du "grand Georges", comme il aimait à nommer son père, il a hérité du sens de l’honneur et aussi du gène de la révolte. C’est pourquoi j’ai intitulé mon livre : L’insurgé. Tout au long de son existence, il s’est insurgé : en entrant dans les FNFL pendant la guerre, en prenant la défense des Indiens d’Amazonie (lors de ses séjours brésiliens). Michel était une sorte de chevalier malheureux et perdu dans un monde marchand sécularisé.
Profondément marqué par les angoisses métaphysiques de son père, il est parvenu à s’en affranchir sans toutefois les ignorer. Cela se ressent au travers de ses romans policiers, ses romans fantastiques, ses nouvelles ou ses poèmes.
H.N. : Cette première biographie sur Michel Bernanos fait ressortir un être attachant et complexe. Que représente son œuvre et que signifie-t-elle ?
S.B. : Oui, Michel était un être attachant. Sa vie et son œuvre sont intimement liées et j’ai été émue par le drame qui s’y noue. Étant donné l’importance, et, d’une certaine façon, l’actualité de ses ouvrages, il m’a semblé évident qu’il fallait s’attacher à le faire connaître. Cette biographie littéraire a pour origine la passion que j’ai ressentie pour cet homme et pour les interrogations qui l’ont tenaillé tout au long de son existence. Il s’agissait de lui rendre la place qui lui est due dans la littérature française du vingtième siècle. Celle d’un visionnaire préoccupé par le mauvais sort que l’homme moderne fait subir à la nature. Celle d’un maître du fantastique avec notamment son chef-d’œuvre : La montagne morte de la vie. Celle enfin d’un créateur d’un créateur de paraboles, hanté par la mort et par le vide métaphysique de notre monde.
H.N. : Comment expliquez-vous ce destin si tragique ?
S.B. : Je crois que Michel a été marqué à son insu par le combat moral de son père contre les forces négatives. Le grand penseur catholique n’ayant pas su lui donner de réponses suffisantes, il est devenu l’héritier désespéré de “Monsieur Ouine”. D’où une œuvre symbolique dominée par l’angoisse. Face à une civilisation pervertie qui met ses progrès au service du mal, sans savoir où est le bien, Michel a choisi d’écrire pour exorciser ; enfin, épuisé, dépressif, il a choisi d’aller chercher les réponses dans la “Maison du Père”.
Propos recueillis par Philippe MAXENCE


