Le messie et son prophète - De Qumran à Muhammad
Le messie et son prophète - De Qumran à Muhammad
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GALLEZ Edouard-Marie

-  Prix : 35 €
-  ISBN 2-85162-064-9
-  Parution : 2005
-  Description : 524 pages
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Collection Studia Arabica - Volume I

Une thèse universitaire qui, sous la lumière nouvelle des manuscrits de la mer Morte, éclaire ce qu’on croyait être l’islam

L’islam s’enracine dans le judaïsme et le christianisme non pas directement mais à travers les dérives de cercles judéo-chrétiens qui avaient transformé le messianisme biblique en idéologie de salut : ils attendaient la seconde venue du messie en tant qu’il dominerait la terre, la soumettant au pouvoir de « Dieu » et surtout de Ses fidèles.

Malgré les difficultés ou les abus d’interprétation des textes et des vestiges archéologiques — particulièrement des manuscrits de la mer Morte —, il est possible à l’historien de suivre cette pensée messianiste qui s’esquisse au IIème siècle avant notre ère : elle apparaît comme système de pensée dès la fin du Ier siècle de notre ère, et, à la fin du VIème, donne naissance à l’éphémère communauté judéo-arabe qui fut le berceau de l’islam arabe.

Loin des polémiques religieuses, cette synthèse, qui « révolutionne les conceptions des orientalistes sur les origines de l’islam » (Gérard Troupeau), confronte des analyses textuelles portant sur les documents juifs, chrétiens, musulmans et autres, aux apports des recherches islamologiques, archéologiques, etc.

Cette étude résultant de plus de dix ans de recherches se répartit en deux tomes, le premier étant axé sur le phénomène messianiste et le second sur les questions islamologiques ; elle a constitué la thèse de doctorat en théologie / histoire des religions qu’Edouard-Marie Gallez a soutenue à l’Université de Strasbourg II en 2004.

Site STUDIA ARABICA

Voir aussi le site www.lemessieetsonprophete.com

Dans la même collection STUDIA ARABICA :
Le messie et son prophète (Tome I) (n°1)
Le messie et son prophète (Tome II) (n°2)
L’Orient chrétien dans l’empire musulman (n°3)
Relations islamo-chrétiennes : bilan et perspectives (n°4)
Pluralisme religieux : quelle âme pour l’Europe ? (n°5)
Le jihad (n° 6)
Le Christ et le Mahdi (n°7)
Projets de constitutions et droits de l’homme islamique (n°8)
Islam et Occident (Rencontre et conflits) (n°9)
Le jardin médical (n°10)
Le texte arabe non ilamique (n°11)
Islam profond. Vision du monde (n°12)
Le Messie en Croix, selon les premières églises face à l’islam (n°13)

Ce que la presse en dit

Bulletin de littérature ecclésiastique, n°CVII/4, octobre-décembre 2006
Il s’agit d’une étude d’une grande ampleur — elle couvre près de mille ans d’histoire — et très complexe par le fait de la pluralité des domaines traités ; elle est exposée en 1106 pages et 1649 notes souvent denses, et se répartit en deux volumes correspondant grosso modo aux deux démarches possibles, l’une partant du terminus a quo et l’autre du terminus ad quem.
Cette thèse de doctorat en théologie des religions, qui fut défendue à Strasbourg en 2004, rend compte des pistes ouvertes depuis surtout une vingtaine d’années en islamologie mais également en d’autres domaines de recherche ; elle-même vise à fournir aux chercheurs des compréhensions et des pistes nouvelles à l’intérieur d’une vaste synthèse. On relèvera en particulier la mise en lumière de clefs pour la lecture du Coran, lequel fourmille d’obscurités apparentes, même et surtout pour le lecteur musulman. Par l’utilisation de ces clefs, l’auteur veut faire retrouver au texte la clarté qu’il avait à son stade premier, avant que les feuillets qui le composent n’aient été choisis et artificiellement réunis, lorsque le discours, nécessairement claire et percutant, voulait s’adresser aux Arabes en vue de les convaincre. Beaucoup de chercheurs ont entrevu ou montré sur tel ou tel point l’aspect mouvementé de l’histoire de ce texte ; l’auteur reprend globalement leurs différentes approches et les fait fonctionner. Cette exégèse scientifique devra continuer pour s’étendre à la totalité du texte.
Mais c’est également — et d’abord faudrait-il dire au point de vue chronologique — dans le domaine de la compréhension des textes de la mer Morte qu’une synthèse nouvelle est présentée. Il n’y a plus guère de chercheurs aujourd’hui qui défendent un quelconque rapport entre les habitants du site de Qoumrân — peu nombreux et riches — et les manuscrits trouvés dans les grottes (même si l’une d’elles se trouve en dessous du site), poursuit l’auteur. S’il existe un lien, ce serait avec le cimetière, qui fut établi après que l’habitation ait été abandonnée (au stade actuel des fouilles funéraires, un tel lien est cependant très hypothétique encore). À qui attribuer alors les manuscrits, plus divers qu’on ne l’a dit tout en reflétant une même famille de pensée qu’il faut qualifier de messianiste et d’eschatologico-guerrière ? Au fil des siècles, on avait imaginé l’existence une petite secte extraordinaire — les Esséniens — dont on avait même fait l’origine d’abord du monachisme , puis du christianisme (ceci fut dit dès le XVIIIe siècle). Dès que les écrits de la mer Morte furent découverts, au milieu du XXe siècle, il était très tentant de lui en attribuer la paternité ; or, à cause de la datation des ruines, on faisait disparaître cette secte en 68 : une postérité des « Esséniens de Qumrân » paraissait donc exclue. Ainsi, ce serait centrée sur ce site et durant une courte période qu’aurait existé une éphémère pensée juive eschatologique.
Tel était le contenu habituel du « dossier essénien » : l’arbre cachait la forêt. À une petite secte qui n’a pas existé, explique l’auteur, était attribué ce qui appartenait à une vaste mouvance messianiste qui, elle, n’a jamais cessé d’exister. Des erreurs de datations jouent un rôle, plaçant au premier siècle avant notre ère des textes qui lui sont postérieurs ; la méprise tenait souvent au fait qu’avant notre ère, certains d’entre eux existaient déjà (par exemple les Testaments des Douze Patriarches mais dans une version moins élaborée que celle qui nous est effectivement parvenue — et qui témoigne non d’interpolations mais de courtes réécritures messianistes postchrétiennes. Une autre source de méprises, presque traditionnelles, remontait aux interprétations données à certains textes de l’Antiquité, voire aux manipulations qu’ils subirent déjà à l’époque ; c’est ainsi que commence la thèse de l’auteur.
Du fait de l’hyperspécialisation, très peu d’islamologues s’étaient intéressés aux textes de la mer Morte qui, particulièrement dans leur version la plus récente, reflètent une parenté avec le texte coranique ; et, en sens inverse, tout aussi peu de qoumranologues, d’exégètes ou de patrologues avaient porté de l’intérêt au Coran et à l’Islam. Or, ces deux côtés de la recherche s’éclairent mutuellement, ils constituent en quelque sorte le terminus a quo et le terminus ad quem de celle-ci, renvoyant à une même mouvance religieuse ; celle que des ex-judéo-chrétiens ont structurée vers la fin du Ier siècle. On la connaît surtout sous la qualification de “nazaréenne” ; les membres de cette secte apocalypto-messianiste avaient en effet gardé l’appellation de nazaréens que les premiers judéo-chrétiens avaient portée - durant très peu d’années) avant de s’appeler précisément chrétiens d’après le terme de Messie(c’est-à-dire christianoï ou Mesihayé). Il s’agit évidemment des naçarâ du texte coranique selon le sens qu’y avait encore ce mot avant le VIIIe siècle et selon le sens qu’indiquent certains traducteurs à propos de passages où l’actuelle signification de chrétiens ne convient visiblement pas ; au reste, à propos de ces nazaréens, même certains sites musulmans libéraux en viennent aujourd’hui à se demander si leur doctrine n’était pas celle de Mahomet. À la suite de Ray A. Pritz, l’auteur préconise l’appellation de judéo-nazaréens pour éviter toute ambiguïté ; l’avantage est également de rappeler l’origine judéenne (ainsi qu’un lien primitif avec la communauté de Jacques de Jérusalem, selon les témoignages patristiques). Signalons en passant que l’auteur établit un parallélisme avec une autre mouvance qui prend sa source dans les mêmes années, le gnosticisme ; ceci offre un certain intérêt car les deux mouvances partent dans des directions qu’il présente comme radicalement opposées.
L’apparition de l’islam tel qu’il se présente aujourd’hui s’explique de manière tout à fait cohérente dans le cadre de cette synthèse. À la suite de la rupture bien compréhensible avec les judéonazaréens, les nouveaux maîtres arabes du Proche-Orient ont été obligés d’inventer des références exclusivement arabes pour justifier leur pouvoir, explique l’auteur. Ceci rend compte en particulier d’une difficulté à laquelle tout islamologue est confronté, à savoir la question du polythéisme mecquois. Comment les Mecquois pouvaient-ils être convaincus par une Révélation qui leur aurait été impossible à comprendre ? Le détail du texte coranique ne s’accorde pas avec un tel présupposé. À supposer justement que Mahomet ait vécu à La Mecque avant que l’Hégire le conduise à Yatrib-Médine (en 622) : la convergence de nombreuses études, généralement récentes, oriente dans une autre direction. Le travail de recoupement et de recherche effectué par l’auteur débouche sur un tableau d’ensemble ; celui-ci fait saisir pourquoi la biographie du Prophète de l’Islam, telle qu’elle s’est élaborée et imposée deux siècles après sa mort, présente le contenu que nous lui connaissons.
Il faut voir dans cette étude une thèse, dans le sens étymologique du terme, qui ouvre un débat et suscitera une vive discussion, une thèse qu’on ne peut ignorer sans risquer de priver la communauté scientifique d’une occasion de nourrir de propositions nouvelles une réelle “disputatio” sur cette difficile question.
M.-Th. Urvoy

Lecture et tradition, n°352, juin 2006
Enfin une synthèse vraisemblable des recherches historiques récentes sur les origines de l’islam
Le 25 novembre 2004, sans aucun tapage, a eu lieu la soutenance de thèse d’un des plus grands spécialistes actuels de l’islam, Édouard-Marie Gallez [...]. On comprend la discrétion des media car les conclusions de cette étude sont fort éloignées de ce que nous racontent à ce sujet les « spécialistes » (islamologues, coranisants, arabisants de tout poil qui, en France du moins, ont pratiquement le monopole des publications scientifiques réputées « sérieuses ».
En effet, comme l’avaient déjà établi un certain nombre d’études partielles publiées principalement aux États-Unis, les histoires de révélations de l’ange Gabriel à Mahomet sur le mont Hira, de ravissement du Prophète au VIIe ciel, de voyage nocturne sur la jument Buraq à tête de femme et autres contes merveilleux, qui remplissent ses biographies officielles, sont analysées dans un contexte nouveau : la nécessaire occultation par les califes de Bagdad, aux VIIe et VIIIe siècles, des véritables origines d’une religion nouvelle en phase d’élaboration.
Muhammad (surnom qui a été francisé en Mahomet) apparaît enfin sous un jour disons plus « historique », qui est celui que nous donnent différentes chroniques du temps, principalement syriaques, déjà analysées par divers chercheurs surtout américains. Alfred-Louis de Prémare, dans Les fondations de l’islam (Seuil, 2002) nous en a donné récemment de précieuses traductions avec des notices sur chaque auteur. Mais c’est Édouard-Marie Gallez qui fait apparaître la véritable dimension du personnage. « Négociant et prédicateur » — nous disent les chroniques —, il est surtout un véritable homme politique. Il arrive peu à peu (à partir sans doute de 614, date de la prise de Jérusalem par les Perses avec l’aide d’un contingent arabe) à s’imposer comme chef des Arabes, puis à en fédérer les tribus divisées.
Ensuite, profitant des luttes séculaires entre les deux empires, byzantin et perse, et de leurs dissensions internes, il élabore une stratégie digne des grands capitaines de l’Antiquité en effectuant un repli vers Yatrib-Médine (c’est l’Hégire) avant d’entreprendre la conquête de la Palestine. Il mourra (probablement en 634, et non en 632) sans avoir vu ses plans réalisés. C’est son successeur, le calife Othman, qui entrera dans Jérusalem et donnera à l’expansion arabe, portée par une nouvelle idéologie conquérante, l’islam, le caractère foudroyant rapporté par l’Histoire.
Le coup de génie de Muhammad aura été de s’allier à un petit groupe religieux d’origine juive, mais dissident du judaïsme officiel, puisqu’il était composé par des descendants du judéo-christianisme des Apôtres, qui au cours des siècles s’étaient écartés de l’orthodoxie chrétienne. Cette secte hérétique, Édouard-Marie Gallez, à la suite d’autres chercheurs, lui donne le nom de judéo-nazaréens. Contrairement à l’opinion de certains, il montre que, non seulement, ils ne disparurent pas au IVe siècle, mais qu’ils se maintinrent en Syrie, participant au commerce entre l’Orient et l’Occident, sous la protection des Arabes de leur région, les Koreichites (ou Qurayshites). Muhammad, leur chef, était peut-être marié à une riche judéo-nazaréenne (nommée Khadidja ?) : il se peut que ce détail de la légende élaborée ultérieurement soit vrai. Quoi qu’il en soit, cette alliance entre ces tribus guerrières et cette secte hérétique disposant à la fois de moyens financiers et d’une idéologie simple et efficace, à mi-chemin entre judaïsme et christianisme, se montra d’une redoutable efficacité dans la conquête de la Terre promise, puis d’un vaste empire s’étendant de l’Inde à l’Espagne.
Ce n’est que plus tard que le livre des judéo-nazaréens, traduit en arabe, devint le Coran actuel par la collaboration de docteurs de la foi de cette secte (qui n’allait pas tarder à disparaître, se fondant dans l’islam) travaillant sous la direction des califes. Et ce n’est que vers la fin du VIIe siècle que Muhammad se transforma en Prophète pour faire pièce à Moïse et Jésus, les fondateurs du judaïsme et du christianisme.
Il ne s’agit pas là d’une « thèse » dans le sens où on parle d’une « vue » qui tenterait d’expliquer une énigme historique, en l’occurrence celle de l’apparition au VIIe siècle au Proche-Orient d’une nouvelle religion, et surtout de son expansion aussi rapide. L’étude d’Édouard-Marie Gallez est non seulement conforme au bon sens, sans faire appel à des explications surnaturelles, mais elle est fortement étayée par toutes les épreuves scripturaires et archéologiques que les chercheurs ont déjà publiées dans des études partielles dont ils n’avaient souvent pas saisi toute l’importance.
C’est cette reconstitution historique effectuée selon les méthodes les plus exigeantes de la critique historique, que nous donne enfin Édouard-Marie Gallez dans la thèse qu’il a soutenue et qui vient d’être éditée pour le grand public. Bien que de nombreux points d’ombre restent à éclaircir (ce sera la tâche de futurs savants enfin libérés des apories de la vulgate islamique officielle). Les prochaines études sur le sujet seront désormais obligées de tenir compte de ces avancées de la recherche, sous peine d’être ridicules.

Renaissance catholique, n° 91, mars-avril 2006
Le père Édouard-Marie Gallez a fait paraître récemment un ouvrage extrêmement fouillé et sérieux, en deux tomes de 500 pages chacun, Le messie et son prophète. L’auteur tente de reconstituer la genèse de l’islam en le reliant à ce qu’il nomme le « judéo-nazaréisme », idéologie messianique qui s’opposait à la fois au judaïsme rabbinique et au christianisme : pour le père Gallez, l’islam est un judéo-christianisme arabisé. Il s’agit là, sans doute, de l’une des plus importantes contributions à la connaissance des origines réelles de l’islam, loin du mythe des apparitions de l’archange Gabriel au “prophète”, depuis les travaux de Hanna Zakarias et de l’abbé Bertuel et ceux plus récents de Patricia Crone.
Alain Rostand

La Nef, n° 169, mars 2006
Les références au judéo-christianisme sont trop nombreuses au sein du Coran pour qu’on fasse semblant d’ignorer leur influence sur ce dernier et que l’on consente à l’idée d’une révélation immédiate de l’ange Gabriel à Mahomet, c’est-à-dire d’un islam fondé ex nihilo. La thèse du père Édouard-Marie Gallez s’attache à démontrer l’enracinement profond de l’islam dans le judaïsme et le christianisme. Non pas de manière directe, mais par le biais d’un messianisme politique présent au sein des communautés juive puis chrétienne à partir du IIe siècle avant notre ère jusqu’au VIIIe siècle après Jésus-Christ.
Opposés au judaïsme rabbinique, reconnaissant Jésus comme messie et non comme Dieu, libérateur futur de Jérusalem et instaurateur d’un pouvoir terrestre salvateur, les « judéo-nazaréens », héritiers de cette mouvance, se heurtent, dès les premiers pas, à l’Église chrétienne naissante qui prêche un salut strictement spirituel.
Par un travail minutieux d’étude des textes historiques, des avancées archéologiques les plus récentes et d’analyse des ouvrages existants, l’auteur reconstitue le lien entre messianisme juif d’avant notre ère, hérésie nazaréenne et proto-islam pratiqué par les tribus arabes de Syrie parmi lesquelles celle de Mahomet.
Pour le père Gallez, « la doctrine messianiste fut en amont de l’Islam ». En deux volumes extrêmement denses, l’auteur remonte les pistes les unes après les autres, pour démontrer in fine la parenté entre messianisme juif, judéo-nazaréen et islamique. « Réinterprétant la dialectique spirituelle manifestée jusqu’au bout par la vie et les paroles du Jésus du Nouveau Testament », le judéo-nazaréisme « a constitué une dérive radicale du judéo-christianisme ».
Du Mahomet « judéo-nazaréen », priant tourné vers Jérusalem, ville qu’il tente de conquérir sans succès, « les livres et les articles de vulgarisation ne donnent jamais à lire quoi que ce soit ». C’est cet aspect de l’histoire de l’islam, un Mahomet, non pas prophète d’une nouvelle religion, mais chef de guerre au service d’une idéologie judéo-nazaréenne préexistante, qu’éclaircit le second tome de l’œuvre imposante du père Gallez, œuvre amenée sans aucun doute à faire date. Une thèse universitaire exigeante mais aussi passionnante qu’un roman policier, une plongée au cœur des trois monothéismes.
Guillaume Desanges

Éléments, n° 120, printemps 2006
Mahomet était-il chrétien ?
Contredisant la thèse classique d’une brusque apparition de l’islam à la seule initiative du Prophète, l’idée de l’influence d’un groupe antérieur sur les origines de la communauté islamique n’est pas nouvelle. L’exégète Hans-Joachim Schoeps écrivait en 1949 : « Le judéo-christianisme, s’il a bien disparu de l’Église chrétienne, s’est maintenu dans l’islam et se prolonge dans certaines de ses impulsions directrices jusqu’à nos jours ». Nombreux sont aujourd’hui les chercheurs qui pensent que l’islam trouve son origine lointaine dans cette fraction du mouvement de Jésus, dite judéo-chrétienne, qui, par fidélité à l’enseignement de Jésus, refusa au Ier siècle de notre ère de suivre Paul dans sa dérive universaliste. La comparaison des textes coraniques et de l’évangile des Ebionim est à cet égard révélatrice.
Descendants de la première communauté de Jérusalem, dirigée par Jacques, le frère de Jésus, les ébionites sont probablement issus d’une scission d’avec le groupe initial des Nazôréens. Ce sont pour l’essentiel des jacobiens anti-pauliniens, qui reconnaissent en Jésus un prophète, voire un messie, mais qui, ne l’identifiant pas à Dieu, attendent la venue d’un nouveau « prophète de vérité ». Progressivement exclus de la Grande Église comme de la Synagogue entre 70 et 135, ils semblent avoir subsisté en Syrie, voire en Égypte et dans la péninsule arabique au moins jusqu’à l’époque de Muhammad, sur l’entourage duquel ils auraient exercé une influence décisive.
Cette thèse, qui avait déjà été soutenue dans les milieux catholiques par le P. Zacharias il y a plus d’un demi-siècle, est reprise ici, avec d’autres arguments, par Édouard-Marie Gallez dans Le Messie et son prophète. Aux origines de l’islam, un ouvrage de plus de 1000 pages d’une étourdissante érudition, fruit de plus de dix ans de recherches. L’auteur fait également apparaître une continuité entre les écrits d’orientation eschatologico-guerrière retrouvés à Qumrân et les débuts de l’islam, sa conclusion étant que le « proto-islam » doit être considéré comme « le pendant arabe très peu autonome du judéonazaréisme ». De fait, l’image de Jésus (Îsa) que l’on trouve dans le Coran est très proche de celle à laquelle adhéraient les messianistes judéo-chrétiens, dont E.-M. Gallez oublie seulement de dire que, même « hétérodoxes », ils étaient sans doute mieux placés que Paul pour savoir quelle avait été la nature exacte de la prédication et des intentions de Jésus.
A.B.

Les 4 vérités hebdo, n° 521, 2 décembre 2005
Le Coran au risque de l’histoire
Il n’est point besoin d’être grand clerc pour se rendre compte que l’islam est l’un des enjeux géopolitiques et nationaux majeurs des prochaines années. Chacun voit bien qu’aucune solution pacifique au Proche-Orient ou dans les banlieues de nos villes ne pourra voir le jour sans la naissance d’un islam apte à négocier avec le monde qui l’entoure et donc apte à prendre en compte la réalité.
Or, l’immense majorité des commentateurs parlent de l’islam comme si le présupposé de base de sa révélation directe et immédiate à Mahomet, en une seule nuit, par l’archange Gabriel, allait de soi.
Cette admission générale ne peut guère favoriser la discussion. Car, s’il est vrai que Dieu lui-même a tenu la plume pour écrire le Coran, on ne voit pas bien de quel droit quiconque, musulman ou non, se permettrait de modifier d’un iota ou même simplement d’interpréter différemment le texte sacré au XXIe siècle et au VIIe.
C’est pourquoi, lorsque tel ou tel journaliste ou homme politique se permet de dire : le véritable islam n’est pas celui de Ben Laden, mais celui de X ou de Y, plus ou moins bien intégré en France, il ne peut que se heurter, non pas seulement à la controverse, mais à l’incompréhension totale.
Nous qui sommes occidentaux pouvons, du moins, voir partiellement de quoi veut parler ce commentateur. Mais il reste que son commentaire est purement et simplement absurde. On ne peut pas dire à la fois : nous sommes prêts à discuter avec l’islam, sur la base de ses propres présupposés (et donc en postulant qu’il n’y a rien d’humain dans le texte coranique) et nous contestons telle ou telle interprétation.
À la lettre, il ne peut pas y avoir d’interprétation, dans la mesure où l’on estime que rien d’humain ne s’est glissé dans le Coran. Au passage, remarquons que la théologie musulmane est, sur ce point, aux antipodes de la doctrine chrétienne de l’inspiration des Écritures, selon laquelle des hommes, inspirés par Dieu, ont écrit la Bible, et non Dieu lui-même. Par conséquent, les phrases étant écrites par des hommes peuvent comporter des obscurités, ou simplement porter la marque de l’époque des auteurs, et impliquer un travail d’interprétation et d’adaptation.
En d’autres termes, pour conduire l’islam au dialogue et à l’adaptation (projet hautement revendiqué par nos élites), il est urgent de mettre en évidence ses origines historiques et donc humaines.
C’est tout l’intérêt du prodigieux travail effectué par le RP Édouard-Marie Gallez, dans sa thèse d’histoire des religions, sur les origines de l’islam.
La thèse de l’auteur est qu’à l’époque du Christ, il existait en Terre sainte un grand nombre de groupements messianiques, dont certains ont adhéré au Messie chrétien et d’autres ont explicitement rejeté Jésus de Nazareth, tout en gardant — contre l’orthodoxie rabbinique d’après la chute de Jérusalem — de fortes aspirations messianiques, nécessairement influencées par le judéo-christianisme.
Par la suite, l’auteur piste, au long des siècles, les traces, archéologiques ou autres, de ce qu’il appelle le judéo-nazaréisme.
C’est ainsi qu’il réinterprète totalement les manuscrits de Qumran, en contestant l’attribution généralement faite aux esséniens. Et c’est ainsi également qu’il explique un certain nombre de textes coraniques par l’influence du judéo-nazaréisme dans la Péninsule arabique.
Cette thèse sera probablement contestée par d’autres spécialistes, et c’est heureux pour l’avancement de la recherche. Mais elle aura du moins permis de poser, à nouveaux frais, et compte tenu des récentes découvertes de manuscrits ou de sites archéologiques, la question des origines de l’islam.
Par conséquent, elle aura contribué à la naissance d’un débat, de plus en plus nécessaire, sur l’islam et l’histoire. Et accessoirement d’un débat sur les relations de l’histoire avec le judaïsme et avec le christianisme, loin du concordisme facile des médias sur les « trois religions monothéistes ».
Un travail passionnant pour toute personne intéressée par l’islam.
Guillaume de Thieulloy

Le sel de la terre, n° 54, automne 2005
Dans une brochure sur les origines de l’islam, Maxime Lenôtre se référait aux travaux inédits d’un certain « Grégoire Félix ». Ce pseudonyme désignait en réalité le frère Édouard-Marie Gallez (de la communauté Saint-Jean) qui a soutenu, sur ce sujet, sa thèse de doctorat en théologie/histoire des religions à l’université de Strasbourg II le 25 novembre 2004, et qui publie le résultat de ses recherches. Dédié au père Antoine Moussali, l’ouvrage tente de reconstituer la genèse de l’islam en le reliant à ce qu’il nomme le « judéonazaréisme » : une idéologie messianique qui s’opposait à la fois au judaïsme rabbinique (en reconnaissant Jésus comme le Messie) et au christianisme (en refusant de le reconnaître comme Dieu) et qui, après diverses tentatives, s’appuya sur des tribus arabes fédérées et endoctrinées par Muhammad pour tenter de conquérir le monde (en commençant par Jérusalem). Après avoir goûté au pouvoir et aux richesses, les chefs arabes se retournèrent contre leurs mentors. Contraints d’arabiser l’idéologie judéonazaréenne pour se donner une légitimité, les califes durent réécrire méthodiquement l’histoire, entraînés toujours plus loin par les nécessités logiques du mensonge ou par les besoins pratiques du moment. — Tout en exposant et défendant cette thèse, l’auteur de l’ouvrage fournit d’intéressantes développements sur divers sujets connexes (Qumrân, les déviations gnostiques, etc.) et surtout une très utile synthèse des travaux critiques réalisés sur cette question au cours des décennies passées.

Minute, 28 septembre 2005
Du nouveau sur l’islam
C’est une thèse vraiment révolutionnaire sur les origines de l’islam que les Éditions de Paris viennent de porter à la connaissance du public. Et en même temps, elle arrive à son heure. Beaucoup de chercheurs commencent à s’interroger de plus près sur les origines de l’islam — à commencer par Alfred de Premare, auteur aux éditions du Seuil en 2002, d’un livre savant sur Les fondations de l’islam. La thèse du Père Gallez se situe dans le prolongement de quantité de travaux qu’il a patiemment dépouillés, pour arriver à une conclusion simple : l’islam est né du judéo-christianisme des Nazaréens, un mouvement dont on a oublié l’importance, mais qui a profondément marqué l’histoire du Proche Orient, avec son messianisme politique.Occasionpournous de suivre l’auteur, qui nous fait faire un voyage de 1000 ans dans l’histoire. Nous nous rendons compte rapidement de ce que nous savons bien peu de choses sur ces époques reculées. J’ai eu l’occasion de rendre compte ici d’un travail collectif dirigé par Bruno Bioul et qui remettait en cause tout ce que nous croyons savoir des manuscrits de la mer Morte et du site de Qumran. C’est à Qumran justement que le Père Gallez pensepouvoiridentifiercettetraditionpolitique et eschatologique des juifs messianiques.Et il montre que le judaïsme rabbinique, qui l’a emporté au concile de Yamnia en 110 après Jésus-Christ, n’a pas pu faire disparaître le messianisme juif. À travers l’étude comparativedes différentesversions du Testament des douze Patriarches, l’auteur montre que cet idéal politico-religieuxperdure.Ondoit parler de ces groupes de judéo-nazaréens qui traversent les siècles et chez lesquels on rencontre commeune anticipationde la prédication coranique. Dans cette perspective, le règne de Dieu doit s’établir sur la terre grâce à un retour du Messie, qui inaugurera son triomphe cosmique à Jérusalem. C’est cette idéologie, tout orientée autour de la prise de Jérusalem que les guerriers arabes vont assimiler. C’est au nom du retour du Messie qu’ils vont conquérir tout le Proche-Orient.
Il est impossible de résumer le nouvel éclairage qu’offre ce livre non seulement sur les origines de l’islam, mais sur 1000 ans d’histoire et aussi peut-être sur notre avenir. La force d’Édouard-Marie Gallez, c’est d’avoir une grande intuition qu’il vérifie et modifie sans cesse au gré des documents, et, en même temps, de savoir fournir un travail de chercheur, avec le scrupule du plus petit détail, confirmant ou infirmant sa thèse d’ensemble. La publication de ce livre marque sans doute le commencement d’une nouvelle époque dans l’étude des origines de l’islam... Si l’on s’intéresse à la question, on ne peut pas faire l’impasse sur cette fresque historique qui renouvelle le sujet.
Joël Prieur

Le messie et son prophète - Tome I
Le messie et son prophète - Tome I
Studia Arabica - Volume I

Vos Commentaires :

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  • > Du "révisionnisme" en perspective pour les "guénolatres"
    11 novembre 2006, par Cyparis
    Un ouvrage qui devrait causer des "dégâts collatéraux" considérables au sein du "guénonisme"... Le statut de l’Islam dans l’oeuvre de Guénon comme religion appelée à dominer l’humanité à la fin des temps avec la soumission de Jésus au Madhi en prend un sacré coup derrière les oreilles...

Vos Commentaires :

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  • > Le messie et son prophète
    6 avril 2006, par Jean-Loup Dherse
    Excellent livre pour le béotien que je suis au moins sur ce sujet. Je m’aperçois en le lisant que je n’y connaissais rien d’autre que ce qui circule de façon floue, et que je suis très heureux de lire cet ouvrage.

Vos Commentaires :

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  • > Le messie et son prophète
    28 septembre 2005, par Maurice Bidollet-Vautrade
    Une oeuvre non polémique, que j’ai lue avec grand intérêt dans la mesure où l’on apprend énormément sur l’islam, et ses liens originels avec le judaïsme ou le christianisme. Il bouleverse les idées reçues... et pourrait marquer une révolution dans la compréhension de toute l’histoire de l’islam. Un seul regret : c’est si ce livre passe inaperçu !
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